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Joann Sfar à Marseille : parcours, sionisme et polémique

Joann Sfar est devenu bien plus qu’un auteur de bande dessinée connu pour Le Chat du rabbin. Depuis les événements du 7 octobre 2023, son travail et ses prises de parole l’ont placé au centre de débats particulièrement sensibles autour du judaïsme, d’Israël, du sionisme, de l’antisémitisme et du conflit israélo-palestinien. La question de Joann Sfar à Marseille a notamment pris une nouvelle dimension en mai 2026, lorsqu’un appel au boycott a précédé sa venue au festival Oh les beaux jours !.

Pour comprendre cette polémique, il faut toutefois aller au-delà des slogans. Qui est réellement Joann Sfar ? Quelle place occupe le sionisme dans sa réflexion ? Que raconte Nous vivrons ? Et pourquoi son passage à Marseille a-t-il provoqué autant de réactions ?

Cet article permet de replacer ces questions dans leur contexte, en distinguant les faits, les positions personnelles de l’artiste et les interprétations parfois très différentes qui circulent autour de son œuvre.

Qui est Joann Sfar ?

Né à Nice en 1971, Joann Sfar est un dessinateur, auteur, écrivain et réalisateur français. Il a étudié la philosophie avant de s’imposer dans la bande dessinée et de devenir l’une des figures importantes de la création graphique française.

Son nom est particulièrement associé au Chat du rabbin, série dans laquelle il explore avec humour et profondeur les questions de religion, de famille, d’identité et de culture juive.

Mais réduire Sfar à cette seule œuvre serait trompeur. Son parcours comprend également :

  • des romans ;
  • des carnets autobiographiques ;
  • des bandes dessinées historiques et politiques ;
  • des films d’animation ;
  • des projets liés à la musique et au cinéma ;
  • des œuvres consacrées à la mémoire juive et à l’identité.

Cette diversité explique aussi pourquoi ses prises de position récentes sont autant commentées. Sfar ne parle pas uniquement comme un dessinateur : il utilise régulièrement le dessin comme une manière d’enquêter sur la société.

Pourquoi Joann Sfar est-il lié à Marseille ?

La polémique marseillaise de 2026 est directement liée à sa participation au festival littéraire Oh les beaux jours !.

Joann Sfar devait se produire à La Criée, à Marseille, dans le cadre d’un concert dessiné avec plusieurs musiciens. Le spectacle s’inscrivait dans la présentation de son travail récent et notamment de ses réflexions autour du conflit israélo-palestinien.

Quelques jours avant l’événement, le collectif Cultures en lutte 13 a lancé un appel au boycott et demandé l’annulation de son invitation. Le collectif reprochait notamment à Sfar certaines de ses prises de position concernant Israël et l’accusait de contribuer à relativiser les violences commises contre les Palestiniens.

Le débat ne concernait donc pas simplement un spectacle culturel. Il s’inscrivait dans une controverse beaucoup plus large sur la manière dont les artistes prennent la parole face à la guerre à Gaza et au conflit israélo-palestinien.

Sfar a finalement maintenu sa participation et s’est produit à Marseille le 29 mai 2026.

Joann Sfar et le sionisme : quelle est réellement sa position ?

C’est probablement l’une des questions les plus difficiles à traiter parce que le mot sionisme peut être utilisé avec des significations différentes selon les personnes.

Dans le cas de Joann Sfar, il est plus pertinent d’étudier ses livres, ses interviews et son parcours personnel que de lui attribuer une étiquette politique simplifiée.

Sfar a une histoire familiale profondément liée à l’histoire des Juifs de France et d’Afrique du Nord. Son père était un Juif originaire d’Algérie et sa famille a été marquée par la mémoire de la Shoah. Ces éléments jouent un rôle important dans sa réflexion sur Israël et sur la sécurité des populations juives.

Après le 7 octobre 2023, cette dimension identitaire est devenue beaucoup plus visible dans son travail.

Dans Nous vivrons, Sfar s’interroge notamment sur ce que signifie Israël pour les Juifs français et sur la place de cette question dans l’identité juive contemporaine. Son approche est présentée comme une enquête personnelle plutôt que comme un simple manifeste politique.

C’est justement cette nuance qu’il faut conserver lorsqu’on parle de « Joann Sfar et le sionisme ». Ses positions ne peuvent pas être correctement résumées par un seul slogan.

Que raconte Nous vivrons de Joann Sfar ?

Publié en avril 2024, Nous vivrons. Enquête sur l’avenir des Juifs est l’une des œuvres les plus importantes de la période récente de Joann Sfar.

Le livre est né après les attaques du 7 octobre 2023. Sfar y mêle dessin, témoignages, souvenirs familiaux, réflexion personnelle et rencontres réalisées notamment en Israël.

L’une des particularités de l’ouvrage est son caractère profondément personnel.

Il ne cherche pas seulement à raconter un événement géopolitique. Il part aussi d’une question intime : que signifie être juif lorsque la peur, l’antisémitisme et la guerre reviennent brutalement au premier plan ?

Le livre aborde notamment :

  • la mémoire de la Shoah ;
  • les conséquences du 7 octobre ;
  • l’antisémitisme ;
  • la relation des Juifs français à Israël ;
  • les traumatismes liés à la guerre ;
  • les relations entre Juifs et Arabes ;
  • la difficulté de dialoguer dans une société très polarisée.

Le résultat ressemble autant à un carnet personnel qu’à un reportage graphique.

Pourquoi Nous vivrons a-t-il provoqué des réactions ?

Le sujet lui-même explique une partie des controverses.

Parler d’Israël, du Hamas, de l’antisémitisme, de Gaza ou du sionisme dans le contexte actuel expose presque immédiatement un auteur à des interprétations contradictoires.

Certains lecteurs ont vu dans Nous vivrons un témoignage important sur l’angoisse ressentie par une partie des Juifs après le 7 octobre. D’autres ont considéré que certaines analyses de Sfar accordaient une place insuffisante aux souffrances palestiniennes.

Il faut donc distinguer deux choses : critiquer une position politique et réduire une personne à une étiquette.

La polémique autour de Sfar montre précisément cette difficulté. Son travail récent cherche souvent à faire entendre plusieurs voix, même si cette démarche ne satisfait pas nécessairement les lecteurs qui attendent une position politique plus tranchée.

La polémique Joann Sfar à Marseille en 2026

L’épisode marseillais a rendu ces tensions particulièrement visibles.

Le collectif Cultures en lutte 13 a appelé au boycott de sa venue au festival Oh les beaux jours ! et a utilisé le slogan « Sionistes hors de nos villes ». Le collectif reprochait à Sfar ses prises de position sur Israël et la Palestine.

De l’autre côté, ses défenseurs ont considéré que cet appel revenait à empêcher un artiste de se produire en raison de ses opinions et de son identité.

La situation est donc devenue un débat sur deux niveaux :

  1. la critique des positions de Joann Sfar sur Israël et la Palestine ;
  2. la question de savoir jusqu’où peut aller un mouvement de boycott culturel.

Cette distinction est importante. On peut contester les opinions d’un artiste sans nécessairement considérer qu’il faut empêcher sa présence dans un festival.

Sfar a finalement maintenu son engagement et est monté sur scène à Marseille.

Pourquoi Marseille est devenue un symbole de cette controverse ?

Marseille est une ville particulièrement intéressante pour comprendre ce type de débat.

Elle possède une histoire méditerranéenne, une importante diversité culturelle et des communautés juives et musulmanes anciennes. Les questions liées au Proche-Orient peuvent donc y résonner avec une intensité particulière.

Dans ce contexte, la venue d’un artiste dont le travail récent traite directement de l’identité juive, d’Israël et des relations avec les populations arabes pouvait difficilement être perçue comme un événement culturel totalement neutre.

Mais c’est justement là que l’affaire devient intéressante : un spectacle artistique peut-il rester un espace de discussion lorsque le sujet abordé touche directement à une guerre en cours ?

La polémique marseillaise n’apporte pas une réponse définitive. Elle montre plutôt à quel point la frontière entre création artistique, engagement personnel et débat politique est devenue fragile.

Joann Sfar est-il un porte-parole politique ?

Il serait réducteur de présenter Joann Sfar uniquement comme un militant politique.

Son parcours montre plutôt un artiste qui utilise régulièrement la bande dessinée pour réfléchir à des sujets historiques, philosophiques et identitaires.

Depuis 2023, son exposition médiatique a cependant considérablement augmenté. Ses livres et ses déclarations l’ont progressivement placé dans une position de commentateur très observé des questions liées au judaïsme et à Israël.

Cette situation semble parfois lui poser problème lui-même : être identifié comme représentant d’une communauté peut devenir une charge très différente de celle d’un artiste qui raconte simplement une histoire.

C’est l’un des aspects les plus intéressants de son évolution récente.

De Nous vivrons à Terre de sang

Pour comprendre la trajectoire récente de Sfar, il faut également regarder ses œuvres publiées après Nous vivrons.

En 2025, il publie Que faire des Juifs ?, puis en 2026 Terre de sang. Le temps du désespoir. Ce dernier ouvrage poursuit son exploration des conséquences du conflit et élargit considérablement les voix entendues.

Dans Terre de sang, Sfar s’intéresse notamment aux témoignages de Palestiniens rencontrés en Cisjordanie et en Israël. Le livre donne une place importante aux expériences arabes et palestiniennes, ce qui permet de voir une évolution dans son travail documentaire.

Cela constitue un élément essentiel pour comprendre son parcours actuel : son œuvre ne s’est pas arrêtée à une réflexion sur l’identité juive après le 7 octobre.

Elle s’est progressivement étendue à une interrogation plus large sur les conséquences humaines du conflit.

Ce que l’on comprend mieux en lisant Sfar plutôt qu’en regardant les polémiques

Les controverses sur les réseaux sociaux ont tendance à simplifier les positions.

Or, le travail de Sfar est souvent beaucoup plus ambigu.

Une lecture attentive de ses ouvrages montre plusieurs caractéristiques :

  • il part fréquemment d’une expérience personnelle ;
  • il accorde une grande importance à la mémoire familiale ;
  • il utilise le dessin pour conserver les hésitations et les contradictions ;
  • il donne une place importante aux témoignages ;
  • il refuse souvent de transformer une situation complexe en réponse simple.

C’est une différence importante entre lire Sfar et simplement suivre les débats à son sujet.

Les réseaux sociaux demandent généralement une phrase courte. La bande dessinée lui permet au contraire de conserver plusieurs contradictions sur une même page.

Trois aspects moins souvent soulignés dans son parcours

1. Son identité familiale explique une partie de son rapport à Israël

La relation de Sfar à Israël ne peut pas être comprise uniquement à partir des événements récents.

Elle est liée à une histoire familiale où se croisent judaïsme séfarade, judaïsme ashkénaze, Algérie, France, mémoire de la Shoah et rapport à Israël. Cette profondeur historique explique pourquoi la question n’est pas pour lui simplement diplomatique ou géopolitique.

2. Le dessin lui sert parfois à montrer qu’il ne possède pas toutes les réponses

Sfar insiste régulièrement sur son rôle d’observateur et de raconteur plutôt que sur celui d’expert du conflit.

Cette position est particulièrement visible dans sa méthode de reportage graphique : écouter les personnes rencontrées, les dessiner et restituer leurs paroles sans prétendre résoudre toutes les contradictions.

Dans Terre de sang, cette méthode devient encore plus visible lorsqu’il donne une place importante à des voix palestiniennes et arabes.

3. La polémique peut masquer l’évolution de son œuvre

Quand une personnalité devient associée à une polémique, le public risque de ne retenir qu’un épisode.

Or, entre Nous vivrons et Terre de sang, Sfar a élargi son enquête à différentes populations et différents récits.

Cette évolution est importante car elle montre que son travail récent ne se résume pas à une seule prise de position sur Israël.

Comment comprendre les critiques adressées à Joann Sfar ?

La meilleure manière est de séparer les critiques.

Certaines portent sur ses déclarations ou ses analyses politiques. Elles peuvent être discutées, contestées et argumentées.

D’autres concernent la représentation du conflit dans ses livres. Là encore, un lecteur peut estimer qu’un témoignage est trop présent, qu’un autre ne l’est pas assez ou qu’une interprétation manque de contexte.

Enfin, certaines réactions prennent la forme de campagnes de boycott. Elles soulèvent une autre question : celle de la liberté de création et de la place du débat contradictoire dans les institutions culturelles.

Ces trois niveaux ne doivent pas être mélangés.

Joann Sfar aujourd’hui

En 2026, Joann Sfar reste un artiste particulièrement actif. Son travail récent est beaucoup plus directement lié aux questions d’identité, d’antisémitisme, d’Israël et de Palestine que ne l’était une grande partie de sa production précédente.

Son actualité comprend notamment Terre de sang, qui prolonge le travail commencé avec Nous vivrons.

Son passage à Marseille a également montré que ses œuvres ne sont plus reçues uniquement comme des créations artistiques. Elles sont désormais prises dans les débats politiques et sociaux de leur époque.

C’est probablement l’une des grandes transformations de son parcours récent.

FAQ

Pourquoi Joann Sfar a-t-il été boycotté à Marseille ?

Joann Sfar a fait l’objet d’un appel au boycott avant sa participation au festival Oh les beaux jours ! à Marseille en mai 2026. Le collectif à l’origine de l’appel contestait certaines de ses positions concernant Israël et le conflit israélo-palestinien. Sfar a néanmoins maintenu sa venue et s’est produit à La Criée.

Joann Sfar est-il sioniste ?

La réponse dépend de la définition donnée au terme « sioniste ». Sfar parle régulièrement d’Israël, de l’histoire juive et de la nécessité de comprendre ce que représente ce pays pour de nombreux Juifs, mais ses positions sont plus complexes qu’une simple étiquette politique. Ses livres récents montrent surtout une réflexion personnelle sur l’identité juive, Israël et les conséquences du conflit.

Que signifie Nous vivrons de Joann Sfar ?

Nous vivrons est un roman graphique publié en 2024 après les événements du 7 octobre 2023. Sfar y mêle enquête, témoignages, souvenirs familiaux et réflexions sur l’avenir des Juifs, l’antisémitisme et les relations entre différentes communautés. Le livre constitue une œuvre très personnelle plutôt qu’un simple récit journalistique.

Pourquoi Joann Sfar parle-t-il autant d’Israël ?

Son intérêt pour Israël est lié à son histoire familiale, à son identité juive et aux événements du 7 octobre 2023. Dans ses œuvres récentes, il cherche à comprendre ce que représente Israël pour différentes générations de Juifs et comment cette question se confronte aux réalités vécues par les populations arabes et palestiniennes.

Quel est le lien entre Joann Sfar et Marseille ?

Le lien récent avec Marseille vient principalement de sa participation au festival Oh les beaux jours ! en mai 2026. Sa venue y a déclenché un appel au boycott en raison de ses prises de position sur Israël et la Palestine. Malgré cette controverse, il a participé au spectacle prévu à La Criée.

Joann Sfar défend-il uniquement le point de vue israélien ?

Cette présentation serait trop simplificatrice. Nous vivrons est fortement marqué par l’expérience juive après le 7 octobre, mais ses travaux ultérieurs, notamment Terre de sang, donnent une place importante aux témoignages palestiniens et arabes. Son œuvre récente doit donc être considérée comme une enquête évolutive sur plusieurs expériences humaines du conflit.

Conclusion

Joann Sfar est aujourd’hui au croisement de plusieurs mondes : la bande dessinée, la littérature, la mémoire juive, le débat politique et les grandes questions identitaires de la France contemporaine.

La polémique de Marseille ne peut être comprise correctement qu’en tenant compte de cette évolution. Sa venue au festival Oh les beaux jours ! a été contestée en raison de ses positions sur Israël et la Palestine, mais il a finalement maintenu sa participation.

Avec Nous vivrons, puis Que faire des Juifs ? et Terre de sang, Sfar a transformé une partie de son inquiétude personnelle en travail artistique et documentaire. Ce qui ressort de cette période n’est pas une réponse simple au conflit, mais une volonté de raconter les personnes, leurs peurs, leurs contradictions et leurs souvenirs.

C’est probablement ce qui permet de comprendre le mieux Joann Sfar : plutôt que de chercher une seule étiquette pour le définir, il faut regarder comment son œuvre évolue et quelles questions il continue de poser.